Découverte de Djerba


Le littoral est caractérisé pour sa part par des côtes basses, les plages, en grande majorité sablonneuses, s'étendant principalement entre Ras R'mal et Borj El Kastil. Gustave Flaubert nomme Djerba « Île aux Sables d'Or » à cause de ses plages au sable fin et doré.
L'île est plate, l'altitude moyenne y est de 20 mètres et c'est dans la partie méridionale que se trouve le point culminant situé à Guellala (53 mètres).

Djerba est entourée de hauts fonds —la bathymétrie à proximité de l'île est presque toujours inférieure à -10 m et l'isobathe de -5 m n'apparaît au large de la côte méridionale qu'au-delà d'une dizaine de kilomètres de la côte— toutefois perturbés par l'existence d'un certain nombre d'oueds (courants marins) qui sillonnent les canaux d'Ajim et d'El Kantara, les profondeurs dépassant à certains endroits les 20 mètres.


Climat

Le climat de Djerba est de type méditerranéen mais à tendance semi-aride car il se trouve au carrefour des masses d'air méditerranéennes et sahariennes. Ainsi, la température annuelle moyenne y est-elle de 19,8 °C, les moyennes mensuelles ne dépassant guère 30 °C ni ne descendant au-dessous de 8 °. En été, la moyenne maximale atteint 32,7 °C mais se trouve atténuée par la brise marine, alors qu'en hiver, les moyennes mensuelles sont supérieures à 12 °.
Emmanuel Grevin parle ainsi de cinquième saison à Djerba :
« À Sfax, l'hiver vous aura quittés ; à Gabès vous trouverez le printemps ; à Tozeur l'été ; et à Djerba vous découvrirez la cinquième saison. Mais oui Monsieur, la cinquième saison, ce climat spécial à l'île de Djerba, si étrange, fait de sécheresse extrême, de brise marine, de fraîcheur et de rosées nocturnes, de quelque chose de rationnel, de tempéré en tout. »

Gustave Flaubert fait décrire cette « île couverte de poudre d'or, de verdure et d'oiseaux, où les citronniers sont hauts comme des cèdres ... où l'air est si doux qu'il empêche de mourir ».

Au niveau des précipitations, Djerba est la région la plus arrosée (248,8 millimètres) de toutes les régions du sud de la Tunisie, la moyenne des jours pluvieux se montant à 40 par an. Plus de 60 % des précipitations se concentrent entre les mois de septembre et décembre avec un maximum en octobre. Néanmoins, l'essentiel de la moyenne annuelle peut se répartir sur trois à quatre averses seulement. La saison sèche débute en avril et l'été voit rarement la pluie tomber. L'humidité et la rosée nocturne sont deux facteurs vitaux pour la flore de l'île.

Suivant les saisons, Djerba connaît des vents dominants de directions différentes. De novembre à mars, ce sont les vents d'ouest qui dominent avant d'être remplacés de mars à la mi-juin par le sirocco, vent chaud s'accompagnant souvent de tourbillons de poussière. Avec l'arrivée de l'été dominent les vents d'est, porteurs de fraîcheur.

Architecture et urbanisme

Les Djerbiens, ayant eu à subir des attaques répétées venant de la mer tout au long de l'histoire, se sont éloignés des côtes et dispersés dans la campagne à l'intérieur de l'île : le bâti est donc, en général, isolé et dispersé et se structure selon une organisation hiérarchique de l'espace basée sur le menzel — terme signifiant « maison » en arabe littéral et décrivant les espaces résidentiels et fonctionnels dans lesquels vivent les familles —qui en constitue la cellule de base et la mosquée qui en est l'élément fédérateur. L'héritage architectural essentiel de Djerba réside avant tout dans ses nombreuses mosquées, la dispersion de l'habitat étant à l'origine de la construction de nombre d'entre elles.
À Houmt Souk, il existe plusieurs fondouks à l'architecture particulière réunis dans l'ancien quartier maltais (compris entre la mosquée des Turcs, l'église catholique et l'actuelle rue de Bizerte) dont certains ont été transformés en petits hôtels ou auberges. Il existait des fondouks chrétiens à Djerba depuis le XIVe siècle.

Les couleurs dominantes des habitations djerbiennes sont le blanc vif pour les murs et les toits et le bleu ciel ou plus rarement le vert bouteille pour les portes et fenêtres. À Djerba, il est interdit de construire plus de deux étages au-dessus du rez-de-chaussée et du sous-sol, ce qui a permis de préserver une certaine harmonie architecturale.

Le développement du tourisme international sur l'île dès les années 1960 a engendré une modification dans l'organisation traditionnelle de l'espace. Ce phénomène semble avoir amoindri l'espace central de l'île au profit d'une partie des côtes. Beaucoup de champs ont été abandonnés, les jeunes préférant des activités moins pénibles et plus lucratives que l'agriculture et la main d'oeuvre locale disponible représentant un coût que le rendement agricole ne justifie que dans de rares cas . On estime à 7 000 hectares la superficie des terres en friche sur un total de 39 000 hectares cultivables. Les menzels abandonnés ou en ruines sont alors nombreux.
Le centre reste marginalisé économiquement et à l'écart des principales voies de communication même si plusieurs routes ont été goudronnées au cours des années 1990. Toutefois, cette partie centrale tend à être partiellement revalorisée par les habitants qui y construisent des résidences principales.

Le menzel est formé d'une ou de plusieurs unités d'habitation (houch) et de vergers, champs ou atelier de tissage, greniers, huilerie (souvent souterraine), puits et citerne. Entouré de hautes levées de terre (tabia) en guise de cloture. D'une façon générale, le houch abrite trois générations. Il prend une forme carrée ou rectangulaire et ne comporte pas de fenêtres sur l'extérieur, celles-ci ouvrant normalement sur la cour intérieure. Autour de la cour, s'articulent deux à quatre pièces plus ou moins grandes qui peuvent se diviser au moyen de cloisons internes, de portes ou de simples rideaux et comprendre des doukkanas (coins en général surélevés utilisés comme chambre à coucher). La skifa, située à l'entrée, est la pièce qui réunit les habitants et sert à recevoir les visiteurs .

L'utilisation de voûtes et de coupoles est très courante et permettrait de lutter contre la chaleur. L'ameublement est en général simple et austère : des matelas souvent posés directement sur des nattes sur des estrades ou banquettes en maçonnerie ( doukkana), des coffres ou de grosses jarres pour ranger le linge, des sofra ou mida, sorte de tables à manger basses car on mangeait assis, les jambes croisées, sur des nattes ou des matelas. Les réserves alimentaires étaient conservées dans de grosses jarres en terre cuite fabriquées depuis des millénaires dans le village de Guellala. La grande majorité de la vaisselle djerbienne provient également de ce même village.

Compte tenu de la faible pluviométrie (moins de 250 mm par an) et de la rareté de l'eau potable, les Djerbiens ont construit depuis des millénaires et construisent encore de nos jours des citernes souterraines, de forme rectangulaire ou carrée et situées à l'extérieur du houch — et des majen ou majel — qui prennent la forme d'une grande carafe évasée contruite le plus souvent dans la cour intérieure du houch — et ce pour la collecte des eaux de pluie.
Ils reçoivent l'eau de pluie recueillie sur les toits des habitations, leurs terrasses ou cours, espaces passés à la chaux vive tous les ans avant la saison humide afin de garantir une certaine hygiène. Ce système de collecte d'eau pluviale existait déjà à Djerba à l'époque romaine, de grandes citernes ayant été découvertes à Meninx.
En 1967, on a estimé à près de 1 000 000 m2 la surface totale des impluviums à Djerba.

Djerba est garnie d'une infinité de vignes, dattes, figues, olives et autres fruits.
Les habitants de l'île sont principalement arabophones même s'il s'y trouve une grande communauté berbérophone. La plus grande partie de l'île est occupée par des villages d'origine berbère comme Mezraya, Ghizen, Tezdaine, Wersighen, Sedouikech, Ajim et Guellala qui parlaient le tamazight, appelé également chelha, langue aux consonnances explosives où la lettre « t » revient presque à chaque mot. La tradition berbérophone est maintenue surtout par les femmes. Il existe par ailleurs une petite et très ancienne communauté juive qui descendrait des exilés de Jérusalem.

« Ainsi, dans cette île-carrefour, les populations berbères, judéo-berbères, arabes, africaines islamisées, nègres, quelques Turcs et même de vieux pêcheurs maltais se sont donnés rendez-vous et ont vécu en bons termes.

Compte tenu de l'espace limité, des maigres ressources de l'île et de la rigueur du rite ibadite, la tradition populaire veut que le Djerbien soit généralement connu comme un travailleur discipliné, rigoureux, parcimonieux et bon gestionnaire, de caractère plutôt réservé, calme et poli. Dans les familles ibadites, le fils même adulte ne fumait pas devant ses parents et la grand-mère gérait la famille d'une main de fer, ses fils, belles-filles et petits enfants lui devant obéissance. Frères et associés allaient faire du commerce à l'extérieur de l'île à tour de rôle afin que quelques hommes adultes restent travailler la terre avec les femmes, enfants et hommes âgés.

Musées

Le Musée des arts et traditions populaires de Houmt Souk est aménagé à la fin des années 1970 dans l'ancienne zaouïa de Sidi Zitouni, un sanctuaire de style mauresque construit au XVIIIe siècle sous l'instruction du caïd de l'île Ben Ayed. Ce musée permet de découvrir les richesses folkloriques de l'île : costumes de divers groupes sociaux, bijoux fabriqués par les artisans juifs, exemplaires du Coran ou encore ustensiles de cuisine.


Musée de Guellala

Le 17 décembre 2008, devenu Musée du patrimoine traditionnel de Djerba, il a rouvert après des travaux d'extension et de réaménagement dans un ensemble comprenant, outre la zaouïa restaurée, un nouveau bâtiment de 2 000 m2 reprenant l'architecture traditionnelle de l'île. Le musée de Guellala expose également des collections sur le patrimoine djerbien. Avec plus de 4 000 m2 d'exposition, il offre une série de pavillons indépendants développant chacun un thème (fêtes, traditions et coutumes, artisanat, mythes et légendes, musique traditionnelle, mosaïques ou encore calligraphie arabe). Il reçoit environ 100 000 visiteurs par an dont 30 % de Tunisiens.

À proximité du phare de Taguermess, se trouve un parc à thèmes s'étendant sur 12 hectares : Djerba Explore. Il abrite un village traditionnel djerbien reconstitué, le Lella Hadhria Museum présentant quant à lui un panorama de l'art tunisien et du monde arabo-islamique, un circuit du patrimoine djerbien et la plus grande ferme aux crocodiles du bassin méditerranéen.

Jemaâ Fadhloun, mosquée située à proximité de la route reliant Houmt Souk à Midoun et dont la fondation remonterait au XIe siècle, a été transformée en musée permettant au visiteur de découvrir comment les mosquées ont servi de refuge aux habitants lors d'attaques et de sièges et leur permettaient de se défendre et d'assurer leur survie. Selon Kamel Tmarzizet, cette mosquée forteresse a une surface totale de 850 m2, dont une cour à ciel ouvert de 530 m2, deux entrées à l'est et au sud, plusieurs salles et des annexes, une école coranique, un moulin à grain, une boulangerie avec son four, un puits, une cuisine et plusieurs chambres, une grand salle de prière et un escalier qui mène au minaret ; elle possède de puissants murs adossés à l'extérieur par des contreforts massifs.

Festivals et événements

Djerba organise plusieurs festivals tout au long de l'année. Ils sont notamment destinés à faire découvrir les multiples facettes de la société djerbienne.

Le Festival international Djerba Ulysse (tenu en juillet-août) invite des musiciens ainsi que des groupes de théâtre et organise en même temps des activités et des animations qui visent à valoriser et identifier le patrimoine local.
Dans le même domaine, le Festival de la poterie de Guellala propose un programme culturel mettant en valeur le patrimoine local en permettant de faire découvrir la créativité des potiers du village de Guellala, situé dans le sud de l'île.

De son côté, le Festival des musiques des îles du monde et du film insulaire accueille des groupes de musique venant de diverses îles à travers le monde pour présenter une variété de chants et de musiques insulaires. Des projections de films documentaires à caractère insulaire sont également au programme. Organisé par le comité culturel de Houmt Souk et la maison de la culture Férid-Ghazi, le Festival Farhat-Yamoun de théâtre et d'arts scéniques présente un programme de spectacles théâtraux.

Par ailleurs, le festival de plongée et de voile traditionnelle, tenu chaque été dans la ville d'Ajim, est un évènement culturel et sportif faisant découvrir la méthode de plongée des pêcheurs d'éponges et organisant des courses de felouques, de même que des compétitions d'autres sports nautiques.

Enfin, il faut citer le Festival du film historique et mythologique (tenu en juillet-août), la régate de planche à voile (en septembre) et le Festival des marionettes (en novembre).

Gastronomie

Avant l'essor touristique, les Djerbiens cultivaient du blé, de l'orge, du sorgho et des lentilles qui constituaient la base de leur alimentation. Le couscous d'orge (malthoutha) au poisson ou à la viande séchée et conservée dans de l'huile d'olive (dhan) et les petits anchois séchés (ouzaf) sont des spécialités de l'île.
La zamita, une préparation à base d'orge grillé, de fenugrec et d'épices, est pour sa part consommée par les Djerbiens au petit déjeuner, au goûter voire en repas principal, accompagnée de légumes crus ou en salaison (oignons verts, navets, carottes ou poivrons) ou de fruits (raisins ou grenades). Le sorgho est consommé en gâteaux, entremets (sahlab et bouza) ou bsissa.



La gastronomie djerbienne plutôt frugale varie toutefois d'une localité à l'autre même si la cuisson à la vapeur qui aurait été préférée par les anciens Berbères y prédomine. Ainsi, pour le couscous djerbien, la semoule est-elle cuite à la vapeur ainsi que le poisson ou la viande et les légumes assaisonnés d'épices. On utilise alors un couscoussier en terre cuite à deux étages, typique de l'île, appelé keskess bou rouhine. Le riz djerbien est également cuit à la vapeur : viande, foie et légumes sont émincés, assaisonnés et mélangés au riz légèrement trempé à l'avance, l'ensemble étant ensuite cuit à la vapeur. Plusieurs variétés de farines de céréales et de légumes secs (orge, sorgho, blé, lentilles, pois chiches, fenugrec, etc.) assaisonnées d'épices et d'herbes appelées bsissa sont préparées et conservées pour être consommées naturelles, salées ou sucrées avec de l'huile d'olive, des fruits ou légumes frais, des dattes ou des figues séchées.

Les Djerbiens sont aussi friands de poissons, de poulpes (frais ou séchés), de seiches et de calmars ; ces derniers farcis d'herbes permettent de préparer un plat de couscous ou de riz. Les ouzafs constituent un condiment de choix, en particulier dans la préparation du mchelouech bil ouzef et du mesfouf djerbien (couscous peu arrosé de sauce, bien épicé et riche en herbes dont le yazoul ou gazoul) ou du s'der (soupe de semoule).

Le séchage de la viande est pratiqué sur toute l'île : la viande coupée en tranches fines (kadid) est assaisonnée de sel et enduite d'huile (afin d'en éloigner les mouches), séchée au soleil puis bouillie dans l'huile d'olive (m'selli), conservée (d'hane) et utilisée pour la préparation de plats typiques. La glaia, viande cuite et conservée dans de la graisse de mouton et assaisonnée de curcuma, de sel et de poivre, peut également se conserver pendant un ou deux mois ; elle s'accommode notamment avec des tomates, poivrons et oeufs et se mange avec du pain ou une bouillie épaisse de farine d'orge (bazine ou iche) ou de blé (assida).

La pâtisserie traditionnelle djerbienne est en revanche relativement pauvre. Les boissons typiques sont le legmi (sève de palmier qui se transforme en vin de palme dans la journée compte tenu d'une fermentation naturelle très rapide) et le l'ban (lait fermenté ou petit-lait). Le thé vert à la menthe ou le thé noir parfumé aux feuilles d'une variété de géranium (atr'cha) se boit bien sucré, aussi bien après qu'entre les repas.

Les centaines de milliers de palmiers de l'île représentent un élément très important pour les Djerbiens qui en utilisent toutes les parties : les palmes sont utilisées pour la vannerie et les barrières des pêcheries fixes. La partie supérieure de celles-ci est aussi utilisée comme balai. La partie dure des palmes vertes est utilisée pour fabriquer un jeu de société appelé sigue. On utilise cette partie également pour la confection de brochettes pour les barbecues. Elle est également utilisée par les pêcheurs pour la confection des nasses. Lorsqu'elles sont sèches, les palmes sont utilisées comme combustible, la partie supérieure, qui brûle rapidement, est utilisée pour faire partir le feu et la partie proche du tronc comme bois de combustion. Les palmes entières servent également à construire des enclos pour les animaux (z'riba) et des huttes qui servaient autrefois d'habitation pour les plus pauvres ou comme abris pour les cuisines externes. Elles servent à présent pour construire des parasols sur les plages. Le tronc du palmier coupé en deux dans le sens de la longueur (sannour) sert pour la charpente du menzel et constituent la plupart des poutres des anciennes habitations ou ateliers de tissage. Le tronc sert aussi pour certains instruments des vieux pressoirs à huile. Les régimes (qui portent les dattes), une fois débarrassées des fruits, sont utilisées comme balais pour les cours sablonneuses et les alentours du menzel. Ils sont également utilisés par les pêcheurs pour confectionner des cordages et enfiler le poisson vendu à la criée. Le coeur de palmier, appelé jammar, constitue un entremet et la sève (legmi) est bue fraîche le matin ou fermentée, comme vin de palme. Les dattes, dont l'île produit plusieurs variétés, sont consommées aussi bien fraîches que séchées. On en fait également des confitures, on les farcit de pâte d'amande et on les utilise pour farcir des gâteaux comme le makroud. Elles constituaient un élément fondamental dans le régime alimentaire des Djerbiens. Les habitants de confession juive les utilisent également pour la fabrication d'un alcool appelé boukha (qui se fait aussi à partir de figues). Les noyaux des dattes étaient concassés et utilisés dans l'alimentation des chameaux, ce qui justifie certainement le nom donné par les Berbères locaux au palmier taghalett qui signifie « la précieuse ».

La place qu'occupe l'olivier, connu à Djerba depuis des millénaires, n'est pas moindre et des rites (berboura) sont encore célébrés autour de l'olivier aussi bien pendant les cérémonies de mariage que de circoncision. Par ailleurs, lorsque les Djerbiens visitent les zaouïas, ils faisaient souvent des offrandes d'huile d'olive.
Tout comme pour le palmier, les Djerbiens font un usage multiple de toutes les parties de l'olivier : les fruits sont utilisés pour l'extraction de l'huile utilisée dans l'alimentation, la cosmétique (en particulier pour le soin des cheveux) ainsi que dans la pharmacologie traditionnelle. L'huile était aussi utilisée pour l'illumination (mosbah ou lampes à huile), pour allumer le feu (f'tilat zit ou mèche) et les huiles usagées ainsi que les déchets d'huile servaient pour la confection de savon artisanal.

Les olives sont aussi conservées — plusieurs procédés sont utilisés dont le séchage, la salaison et la saumure — pour usage alimentaire et les noyaux broyés et utilisés dans l'alimentation du bétail ainsi d'ailleurs que les restes des olives pressées. Les feuilles de l'olivier (ainsi que celles des autres arbres fruitiers) sont séchées et servent pour l'alimentation du bétail, en particulier les chèvres et les moutons. Les humains en font un usage médicinal (notamment des tisanes contre le diabète). Les branchages secs sont utilisés comme combustible et les troncs pour la confection d'objets en bois d'olivier.

L'orge constituait l'aliment de base des Djerbiens sous diverses formes : zammita (poudre d'orge aromatisée), malthoutha (couscous d'orge), kesra (galettes d'orge), bazine (pouding d'orge), h'sou (soupe de farine d'orge), d'chicha, pain, crêpes et gâteaux d'orge sont consommés sur l'île depuis des millénaires. La paille est utilisée pour l'alimentation du bétail qui peut avoir exceptionnellement droit à de l'orge (exemple pour engraisser le mouton de l'Aïd el-Kebir).
Le grenadier est un autre arbre familier aux Djerbiens qui utilisent son fruit en totalité, écorce comprise, celle-ci servant au tannage des peaux. Les feuilles servaient pour l'alimentation du bétail et les branchages secs comme combustible.

Pêche

Djerba compte plusieurs petits ports de pêche dont ceux de Houmt Souk, Ajim (autrefois célèbre pour sa pêche d'éponges) . La pêche djerbienne — sautades de mulets et pêche à la gargoulette (amphore) de poulpes — profite d'eaux parmi les plus poissonneuses de la mer Méditerranée.

Les loudes à la blanche voilure grecque sont utilisées pour la pêche du poisson et les kamakis à voile latine de couleur rouge tirant sur l'orangé, la vergue fixée obliquement en son milieu à l'extrémité du mât unique et court, sont utilisées par les pêcheurs d'éponge. Toutefois, des chalutiers ont fait leur apparition dans les hauts-fonds.

En fait, compte tenu des ressources limitées de l'île, les hommes, et en particulier ceux de souche berbère, s'expatriaient pour faire du commerce en dehors de l'île, aussi bien en Tunisie qu'à l'étranger (surtout en France et en Algérie et en particulier à Constantine) alors que les femmes restaient sur l'île avec les enfants et les hommes âgés. Elles pratiquaient l'agriculture et l'artisanat mais jamais la pêche, activité réservée aux hommes et limitée à certains villages.

Afin d'assurer la sécurité des navires, plusieurs phares existent le long des côtes de l'île, dont le plus haut de l'île (mais aussi d'Afrique du Nord) grâce à sa tour de 54 mètres construite sur une formation rocheuse haute de 20 mètres. Situé à Taguermess, sur la côte nord-est de l'île, il est construit sur une formation rocheuse côtière surplombant une sebkha alimentée en eau de mer lors de la marée haute. Ce phare date du XIXe siècle (vers 1885), son sémaphore est d'une portée de 32 miles marins.

Un deuxième phare, le premier installé sur l'île, est celui de Borj Jilij, à la pointe nord-ouest de l'île, non loin de l'aéroport ; il est inauguré vers la fin du XVIe siècle à l'emplacement de l'ancien fortin dénommé par les Espagnols sous le nom de Tour de Valgarnera. Un troisième phare se trouve à Aghir sur la côte sud-est. Il en existe plusieurs autres, dont ceux des ports d'Ajim et de Houmt Souk.

Artisanat

L'artisanat, en particulier le travail de la laine, du lavage au cardage, en passant par le filage et le tissage, a depuis des générations joué un rôle primordial dans la vie économique et sociale de l'île et constitué une source de revenus importante pour les Djerbiens (hommes ou femmes). L'architecture des ateliers de tissage est typique sur l'île : ils sont semi-enterrés afin de préserver l'humidité ainsi qu'une certaine température et possèdent un fronton triangulaire. On comptait 428 ateliers et 2524 tisserands en 1873, le nombre de tisserands tombant à environ 1 600 en 1955 et 1299 en 1963. À cela s'ajoute les laveuses, cardeuses et fileuses de laine (en principe toujours des femmes) ainsi que les teinturiers, l'activité de teinture remontant à l'époque punique.

La couverture djerbienne appelée farracha ou farrachia était célèbre et recherchée. L'activité de tissage des houlis en coton, laine ou soie naturelle ainsi que le tissage des kadrouns, k'baia, kachabia, wazras et burnous (habits en laine pour homme) joue également un rôle important. La poterie de Guellala remonte quant à elle au moins à l'époque romaine, ses produits étant principalement utilitaires mais pouvant aussi être décoratifs. Il est à noter que les potiers de Djerba n'ont plus le droit de vernir leur poterie à leur gré, une décision administrative centrale les obligeant à les garder brute. Parlant des potiers de Djerba, Georges Duhamel avait écrit dans les années 1920 :

« J'ai cherché des poètes. J'ai trouvé des potiers. Nul métier ne fait mieux penser à Dieu, à Dieu qui forma l'homme du limon de la terre [...] Sur tous les chemins de Djerba, entre les remblais sablonneux, crêtés de petits agaves pourpres, circulent des chameaux, portant un faix énorme et vain : la grosse grappe de jarres sonores... »

La bijouterie (or et argent) reste aussi une activité lucrative importante. Les bijoutiers de Houmt Souk excellent ainsi dans l'ornement des bijoux en argent émaillé et dans la fabrication de bijoux comportant de l'or en filigrane. La vannerie — le produit de base étant les jeunes feuilles de palmiers — était également une source de revenue importante, en particulier pour les personnes âgées. Aujourd'hui, les sacs, couffins (koffa) et chapeaux (appelés m'dhalla ou dhallala selon les villages) restent des articles vendus aussi bien aux habitants de l'île qu'aux touristes. Les artisans confectionnent également des cordages et des nasses de pêcheurs. La natterie (tissage du jonc) est également une activité pratiquée sur l'île, surtout dans la localité de Fatou, non loin de Houmt Souk. La broderie, pratiquée presque exclusivement par des femmes, et en particulier celle des habits traditionnels, fait vivre encore de nos jours un nombre important de familles.

Il est à noter que l'artisanat a pris des formes diverses et a connu un essor considérable avec le développement du tourisme et en particulier la fabrication de tapis.

Infrastructures

Chaussée romaine bitumée reliant Djerba au continent

L'île est reliée du côté sud au continent par un pont de 7,5 kilomètres de long9 et environ 10 mètres de large. Le tracé de ce dernier, qui remonterait à la fin du IIIe siècle av. J.-C., aurait été l'œuvre des Carthaginois avant d'être modifié à l'époque romaine et appelé pons zita par les Romains. Ces derniers percent le pont à certains endroits pour y installer des foulons4. Le pont (El Kantara en arabe qui est également le nom actuel de la localité où débute la chaussée) est submergé par la mer puis en grande partie détruit vers 1551, lors des conflits entre Dragut et les Espagnols.

Au cours des siècles, un gué appelé Trik Ejjmaal (Route des chameaux) et situé près des ruines de la chaussée romaine a servi au passage des chameliers. C'est sur l'emplacement de ce gué qu'a été établie en 1951 puis améliorée en 1959, et à plusieurs reprises par la suite, cette route qui rattache l'île au continent africain198.

Cette voie fut goudronnée pour la première fois sous le protectorat français. Elle permet également d'acheminer de l'eau douce, l'île ne possédant que de rares sources localisées à Mahboubine, où l'eau est pompée à 80 mètres de profondeur, Oued Ezz'bib et Oualegh et quelques autres localités. En effet, deux pipelines parcourent la voie et assurent l'alimentation de l'île sans laquelle le tourisme serait impensable199. À Ajim, des bacs relient l'île au village de Jorf situé sur le continent.

Un aéroport international relie l'île à Tunis et à la majorité des grands aéroports d'Europe et du Moyen-Orient. Infrastructure initiée vers les années 1950 à la pointe nord-ouest de l'île, cet aéroport est agrandi en 1972 et voit sa capacité doublée en 1992 avec la mise en service d'une nouvelle gare de fret en 1986. Plusieurs routes goudronnées sillonnent l'île. Une voie rapide menant à l'aéroport a été construite dans les années 2000. Un certain nombre de cliniques privées, en plus des hôpitaux publics, ont été construites au cours des années 1990 et les établissements scolaires se sont multipliés.

Le réseau de transports publics est assuré par des bus et, en l'absence de véhicule personnel, le taxi reste le meilleur moyen de locomotion. Il est également possible de louer des vélos et des scooteurs, ou des quads pratiques sur des distances limitées et de la balade.

Un grand théâtre en plein air, construit en 2004 à Houmt Souk, abrite les grandes manifestations culturelles dont celles du festival annuel d'Ulysse. Plusieurs stades de football existent dont ceux Plusieurs stades de football existent, dont ceux de Houmt Souk et Midoun, qui accueillent respectivement l'Association sportive de Djerba et l'Espoir sportif de Jerba Midoun. Djerba dispose également d'un terrain de golf situé non loin du complexe hôtelier Dar Djerba et du phare de Taguermess.